Vous aimez les prénoms bretons, corses ou provençaux, mais vous vous demandez s’ils se donnent encore, où, et comment les choisir sans faux pas ? Les chiffres départementaux de l’Insee donnent des réponses précises. Ils racontent aussi une histoire plus surprenante qu’on ne l’imagine : les prénoms régionaux sont, pour la plupart, un choix récent.
Comment lire les chiffres
Chaque page de département de Vowel liste les « prénoms qui distinguent » le territoire : ceux que l’on y donne bien plus souvent qu’en France entière, en proportion des naissances, de 2023 à 2025. Le facteur affiché (×42, par exemple) compare le département au pays. Gardez en tête que ces effectifs sont petits, parfois quinze à trente-cinq naissances sur trois ans, et que l’Insee arrondit les petits effectifs et en masque certains : c’est un ordre de grandeur, pas une mesure exacte.
La Bretagne : des prénoms qui se détachent nettement
Les quatre départements bretons ont chacun leurs prénoms propres. Dans le Finistère, Erell est donné environ 42 fois plus souvent qu’en France, Rozenn 27 fois, Bleuenn 25 fois, Aëla 21 fois et Lilwenn 15 fois ; chez les garçons, Youenn et Awen 28 fois et Elouan 13 fois. Dans les Côtes-d’Armor, Bleuenn et Lilwenn arrivent à ×35 et Titouan à ×16. En Ille-et-Vilaine, Briac atteint ×25. Dans le Morbihan, Aëla atteint ×18, Lilwenn ×17 et Armel ×8.
Pourtant, le haut des classements locaux ressemble au reste du pays. Dans le Finistère, de 2023 à 2025, les prénoms les plus donnés sont Louise chez les filles et Malo chez les garçons : Malo y est le numéro un, avec Raphaël, Arthur et Gabriel juste derrière. Les prénoms bretons les plus visibles sont devenus nationaux : Maël est passé de 104 naissances par million dans les années 1970 à 10 138 dans les années 2020, et Malo compte aujourd’hui 1 735 naissances par an en France.
Le plus étonnant est ailleurs : dans les années 1950, les prénoms les plus donnés dans le Finistère étaient Marie chez les filles et Jean chez les garçons, suivis de Martine et de Michel : les mêmes que dans le reste de la France. La vague des prénoms bretons vient plus tard : Erell passe de 0 à 26 naissances par million dans les années 1970, Rozenn atteint son sommet à 365 par million à cette période, et la plupart des autres sont apparus entre les années 1970 et 2000. La page prénoms d’origine bretonne présente les 90 plus donnés, avec leurs courbes.
Un repère pour ne pas se tromper. D’après Wikipédia, tous les prénoms bretons peuvent prendre une forme diminutive en -ig, et le féminin se marque par les terminaisons -a, -enn, -ell ou -ez, jamais par -e. L’élément gwenn signifie « blanc, saint » : c’est la racine de prénoms comme Gwenaël ou Maïwenn.
La Corse : des prénoms à écrire autrement
Les deux départements corses ont une signature encore plus nette. En Corse-du-Sud, Ghjulia, Maddalena et Lisandru sont donnés des centaines de fois plus souvent qu’en France entière, de même qu’Andria et Mattea en Haute-Corse. En 2023-2025, Andria y est le prénom de garçon le plus donné, devant Gabriel. Lisandru arrivait déjà en deuxième position chez les garçons des deux départements dans les années 2000. Et dans les années 1950, la tête des classements était plus traditionnelle : Jean, Antoine, François, Pierre, Joseph.
Ces prénoms s’écrivent à la corse, avec des graphies qui surprennent : selon un article consacré aux prénoms corses, « ghj » se prononce comme un « dj » doux (Ghjuvanni se dit environ « djou-va-ni »), et « chj » comme un « ky » doux (Chjara se dit « kya-ra »). L’article rappelle aussi que la tradition corse voulait que l’aîné reprenne le prénom du grand-père paternel, et l’aînée celui de la grand-mère, et que la mode actuelle des prénoms corses date du renouveau culturel des années 1970, le riacquistu. Pour l’hommage familial, voyez notre guide sur l’hommage à un proche par le prénom.
Le Pays basque, en passant
Les données montrent un autre cas net, hors du périmètre de ce guide : dans les Pyrénées-Atlantiques, des prénoms comme Oihana, Unai, Xan ou Mattin sont donnés des dizaines de fois plus souvent qu’en France. La page des prénoms d’origine basque en liste 34.
L’Occitanie et la Provence : une autre histoire
C’est ici que les chiffres sont les plus honnêtes à lire. Dans les départements de la région Occitanie, aucun prénom occitan ne figure parmi les prénoms qui distinguent chaque territoire dans les données de l’Insee. Les signatures locales y sont d’une autre nature : dans les Pyrénées-Orientales, Joan et Juan sortent à ×23, devant Antonio et Miguel, c’est-à-dire des prénoms catalans et espagnols. Cela ne prouve pas que les prénoms occitans ont disparu (le fichier masque les petits effectifs), mais ils ne forment pas une vague mesurable comme les prénoms bretons ou corses.
Il existe pourtant des prénoms d’origine occitane ou provençale, que le catalogue de Vowel recense en petit nombre : Aliénor, qui passe de 21 naissances par million dans les années 1970 à 979 dans les années 2020 (365 naissances en 2025), Maylis, Guilhem ou Nans.
Le plus célèbre est Mireille. Selon Wikipédia, il a été popularisé par le poème Mirèio de Frédéric Mistral (1859), puis par l’opéra de Gounod. Mistral racontait lui-même que les curés et les officiers d’état civil avaient d’abord refusé le prénom, et que la première Mireille, Mireille Roumieux, était née à Beaucaire en 1861. Les données de l’Insee montrent la suite : 10 306 naissances par million dans les années 1940, et seulement 19 dans les années 2020. Un prénom devenu rare, donc à redécouvrir.
D’après un site consacré aux prénoms provençaux, le français « e » muet y devient « o » : Marie donne Marìo, Estelle donne Estello.
Ce que dit la règle
Les prénoms régionaux ont longtemps été une affaire de loi. Wikipédia rappelle que la loi du 11 germinal an XI (1803) avait restreint l’inscription des prénoms bretons à l’état civil, avant que la loi ne cesse d’interdire les prénoms issus de calendriers locaux. Aujourd’hui, le choix est libre : voyez notre guide sur ce que dit la loi sur les prénoms. Une limite demeure, celle de l’alphabet : Service-Public.fr indique que seuls les caractères utilisés en français sont autorisés. Le Conseil constitutionnel a d’ailleurs jugé, le 21 mai 2021, que permettre les signes diacritiques des langues régionales dans les actes d’état civil contrevenait à l’article 2 de la Constitution. C’est l’affaire du tilde de Fañch, que nous résumons dans le guide sur les prénoms qui marchent dans deux langues.
Comment choisir un prénom régional
- Vérifiez l’orthographe et la prononciation. Un prénom breton ou corse mal écrit sur un formulaire fait du bruit pendant toute une vie. Demandez à quelqu’un de la région de le dire.
- Mesurez la rareté. Erell n’a été donné que 35 fois en France en 2025 (1 bébé sur 16 842) : le risque d’homonyme en classe est quasi nul, mais l’épellation sera systématique. Notre guide sur le prénom rare ou courant détaille ce calcul.
- Regardez la tendance. Une famille qui choisit un prénom très local suit parfois une mode récente : consultez la courbe de chaque prénom.
- Parlez-en. Si le prénom vient de votre histoire, c’est la meilleure raison de le choisir.
Pour les autres départements, la liste est sur la page prénoms par département. Et pour explorer des prénoms dans votre style, quelle que soit leur région, le quiz vous propose huit idées à partir de ce que vous aimez.
